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Qu'est-ce que l'âme ?
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Au sujet de l’Ego

Texte de Mme Blavatsky ;  extraits de l’ouvrage « Les rêves et l’éveil intérieur » - ©Textes Théosophiques

Q. — Quels sont les « principes » qui sont actifs pendant les rêves ?

R. — Les « principes » actifs pendant les rêves ordinaires — qu'il faudrait distinguer des rêves réels, et appeler vaines visions — sont en fait kâma  (1) (le siège du moi personnel et du désir) qui se trouve éveillé à une activité chaotique par les réminiscences assoupies du manas  (2) inférieur.

(1)En sanskrit, kâma signifie désir. Il s'agit ici dans la constitution de l'homme d'un principe (c'est-à-dire une base indépendante d'action, de conscience et de mémoire) qui est le siège du mental-désir, la ligne de démarcation qui sépare l'homme mortel de l'entité immortelle (N.d.T.).

(2) Mot sanskrit dont la racine man signifie penser. Dans l'homme, la pensée réfléchie est liée à l'activité du principe manas, dont l'aspect inférieur (coordonné avec le cerveau et le principe kâma) se manifeste comme le mental humain et dont l'aspect supérieur (le Manas, écrit avec une majuscule) fait de l'âme humaine permanente, une entité individuelle, intelligente et soi-consciente — un EGO immortel, qui est enraciné dans le divin par sa partie éternelle, appelée Monade dans la littérature théosophique. Cet Ego supérieur, qui transcende largement notre moi terrestre, est notre foyer permanent de conscience, pendant la vie de veille, et de sommeil, ainsi qu'après la mort. Dans la suite du texte, H.P.B. donne beaucoup d'enseignements sur sa nature et ses relations avec la conscience de l'homme incarné (N.d.T.).

Q. — Qu'est-ce que le « manas inférieur » ?

R. — On l'appelle ordinairement l'âme animale (le nephesh des cabalistes hébreux). C'est le rayon qui émane du Manas supérieur, ou Ego permanent, et c'est le « principe » qui forme le mental humain — ou l'instinct chez les animaux, car les animaux rêvent aussi (3). L'action combinée de kâma et de l'« âme animale » est toutefois purement mécanique. C'est l'instinct et non la raison qui est actif en eux. Pendant le sommeil du corps, il se produit mécaniquement un échange de stimulations électriques entre eux et divers centres nerveux. Le cerveau n'en est guère impressionné, et la mémoire les consigne, évidemment, sans ordre ni suite. Au réveil, ces impressions s'effacent graduellement, comme le fait toute ombre fugitive qui n'a pas à la base de réalité substantielle pour la soutenir. La faculté de rétention du cerveau est cependant capable de les enregistrer et de les conserver, pour peu qu'elles soient gravées avec assez de force. Mais, en général, notre mémoire n'enregistre que les impressions fugitives et déformées que le cerveau reçoit au moment du réveil. Notons que cet aspect des « rêves » a été suffisamment observé, et est décrit assez correctement, dans les ouvrages modernes de physiologie et de biologie, du fait que de tels rêves humains ne diffèrent guère de ceux des animaux. Ce qui est entièrement terra incognita pour la science, ce sont les véritables rêves et expériences de l'Ego supérieur, qu'on appelle aussi des rêves, mais qu'on ne devrait pas nommer ainsi, ou alors, le terme désignant les autres « visions » à l'état de sommeil devrait être changé.

(3) Le mot anglais pour rêver (« to dream ») signifie réellement  « somnoler », ce qui se dit en russe « drémats » (Éd.).

Q.En quoi sont-ils différents ?

R. — La nature et les fonctions des rêves réels ne peuvent être comprises à moins d'admettre, dans l'homme mortel, l'existence d'un Ego immortel, indépendant du corps physique, car le sujet devient tout à fait incompréhensible si nous ne croyons pas — ce qui est un fait — que, durant le sommeil, il ne reste qu'une forme animée d'argile, dont les pouvoirs de pensée indépendante sont totalement paralysés.

Mais si nous admettons l'existence en nous-mêmes d'un Ego supérieur, ou permanent — Ego qui ne doit pas être confondu avec ce que nous appelons le « Soi Supérieur » (4) — nous pouvons comprendre que ce que nous considérons souvent comme des rêves, et prenons généralement pour de vains fantasmes, ce sont, en réalité, des pages éparses arrachées au livre de la vie et des expériences de l'homme intérieur, et dont les vagues souvenirs, au moment du réveil, deviennent plus ou moins dénaturés par l'action de notre mémoire physique. Celle-ci saisit mécaniquement quelques impressions subsistant des pensées, des faits observés, des actes accomplis par l'homme intérieur durant ses heures d'entière liberté. Car notre Ego vit sa propre vie séparée, dans sa prison d'argile, dès qu'il s'affranchit des entraves de la matière, c'est-à-dire pendant le sommeil de l'homme physique. C'est cet Ego qui est l'acteur, l'homme réel, le véritable soi humain. Mais l'homme physique ne peut sentir ni être conscient pendant les rêves ; car la personnalité, l'homme extérieur, avec son cerveau et son appareil à penser, se trouve alors plus ou moins complètement paralysé.

(4) C'est-à-dire l'Âtman des écritures indiennes — l'Esprit divin, inséparable du Soi Un et Universel (N.d.T.).

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Nous pourrions bien comparer l'Ego réel à un prisonnier et la personnalité physique au geôlier de sa prison. Si le gardien se met à sommeiller, le prisonnier s'échappe ou, du moins, passe hors des murs de sa prison. Le geôlier est à demi endormi : pendant tout ce temps, en dodelinant du chef, il regarde par une fenêtre, d'où il ne peut apercevoir son prisonnier que par moments, comme une sorte d'ombre allant et venant devant la fenêtre. Mais que peut-il saisir, et que peut-il savoir des actes réels et surtout des pensées de celui qu'il garde ?

Q. —Les pensées de l'un ne s'impriment-elles pas sur l'autre ?

R. — Pas durant le sommeil, en tout cas ; car l'Ego réel ne pense pas comme le fait sa personnalité évanescente et temporaire. Pendant les heures de veille, les pensées et la Voix de l'Ego supérieur parviennent ou non à toucher le geôlier — l'homme physique — car elles constituent la Voix de sa Conscience ; par contre, durant son sommeil, elles sont absolument comme la « Voix dans le désert ». Dans les pensées de l'homme réel, ou de l' « Individualité » immortelle, les images et visions du passé et de l'avenir sont comme le présent ; et ses pensées ne sont pas, comme les nôtres, des images subjectives dans le champ de notre activité cérébrale mais des actes et des faits vivants, d'effectives réalités présentes. Ce sont des réalités, tout comme elles l'étaient à l'époque où le langage articulé en sons n'existait pas, quand les pensées étaient des choses, et que les hommes n'avaient pas besoin de les exprimer en paroles ; car elles se traduisaient sur-le-champ en actions par le pouvoir de kriyashakti  (5) — ce mystérieux pouvoir qui transforme instantanément les idées en formes visibles — et celles-ci étaient aussi objectives pour l' « homme » des débuts de la troisième Race (6), que les objets visibles le sont actuellement pour nous.

(5) En sanskrit, littéralement, le pouvoir de création de la pensée (N.d.T.)

(6) Allusion au très lointain passé de l'humanité : la « troisième Race » dont il est question ici venait collectivement d'accéder à la conscience réfléchie et à la pensée intelligente (N.d.T.).

Q. — Comment, alors, la philosophie ésotérique explique-t-elle la transmission de ne fût-ce que quelques fragments de ces pensées de l'Ego à notre mémoire physique que celle-ci conserve parfois ?

R. — De tels fragments sont reflétés sur le cerveau du dormeur, comme autant d'ombres extérieures sur les parois de toile d'une tente que l'occupant voit en se réveillant. L'homme pense alors qu'il a rêvé tout cela, et a l'impression qu'il a, lui-même, vécu quelque chose, alors qu'en réalité ce sont les actions-pensées du véritable Ego qu'il a vaguement perçues. À mesure qu'il s'éveille complètement, ses souvenirs deviennent, à chaque minute, de plus en plus déformés et se mêlent aux images projetées par le cerveau physique, sous l'action du stimulus qui amène le dormeur à s'éveiller. Par le pouvoir de l'association, ces souvenirs mettent en mouvement diverses séquences d'idées.

Q. — Quels sont les sens qui sont actifs dans les rêves ?

R. — Les sens du dormeur reçoivent des stimulations occasionnelles et sont éveillés à une action mécanique ; ce qu'il entend et voit est, comme il a été dit, un reflet déformé des pensées de l'Ego. Celui-ci est hautement spirituel et est lié très étroitement aux principes supérieurs, Buddhi et Âtma (7). Ces principes supérieurs sont entièrement inactifs sur notre plan, et l'Ego supérieur (Manas) est lui-même plus ou moins somnolent pendant l'état de veille de l'homme physique. C'est particulièrement le cas chez des personnes d'un mental très matérialiste. Si endormies sont les facultés spirituelles — tellement l'Ego est entravé par la matière — qu'Il (8) ne peut guère donner toute son attention aux actions de l'homme, même si ce dernier commet des péchés pour lesquels cet Ego — une fois réuni à son manas  inférieur — devra souffrir conjointement dans l'avenir. Ce sont, comme je l'ai dit, les impressions projetées dans l'homme physique par cet Ego qui constituent ce que nous appelons la « conscience » (9) ; et dans la mesure où la personnalité, l'âme inférieure (ou manas inférieur), s'unit à sa conscience (10) supérieure, ou son EGO, l'action de celui-ci sur la vie de l'homme mortel devient plus marquée.

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(7) Dans la classification théosophique des principes constitutifs de l'homme, Âtma correspond à l'Esprit, pur et universel, qu'on ne peut guère séparer de l'Absolu, et Buddhi est en quelque sorte son véhicule, l'aspect universel et divin de l'âme qui relie l'individu au Tout unique (N.d.T.)

(8) H.P.B. emploie ici le pronom neutre It (traduit par Il) pour signifier sans doute que l'Ego n'est pas une entité masculine ou féminine (N.d.T.).

(9) En anglais :conscience, la conscience morale qui distingue le bien du mal (N.d.T.)

(10) En anglais : consciousness, la conscience d'être (N.d.T.).

Q.Cet Ego, dans ce cas, est l' « Ego Supérieur » ?

R. — Oui, c'est le Manas supérieur illuminé par Buddhi, le principe de la soi-conscience, en bref le « Je-suis-moi ». C'est le kârana sharîra (11), l'homme immortel qui passe d'une incarnation à l'autre.

(11) En sanskrit : le corps causal, qui conserve l'empreinte de toutes les causes karmiques engendrées par l'individu (N.d.T.).

Q. — Mais notre mental ne reçoit-il pas son illumination directement du Manas supérieur, par l'intermédiaire du manas inférieur ? Et le premier n'est-il pas la pure émanation de l'idéation divine — c'est-à-dire (collectivement) les Manasâputra (12), qui s'incarnèrent dans les hommes ?

R. — C'est exact. Les Manasâputra individuels (ou les Kumâra) sont les radiations directes de l'Idéation divine — « individuels » dans le sens d'une différenciation ultérieure, par suite d'incarnations innombrables. En somme, ils constituent l'agrégat collectif de cette Idéation, devenue sur notre plan (ou de notre point de vue), Mahat, tout comme les Dhyan Chohan (13) constituent dans leur ensemble le VERBE, ou le « Logos », dans la formation du Monde. Si la personnalité (le manas inférieur ou le mentalphysique) des hommes était uniquement inspirée et illuminée par son alter Ego supérieur, il n'y aurait guère de péché dans ce monde. Mais ce n'est pas le cas et, comme elle s'empêtre dans les mailles de la lumière astrale, elle se sépare de plus en plus de l'Ego qui est son parent. Lisez et étudiez ce que dit Eliphas Lévi de la lumière astrale, qu'il appelle Satan et le Grand Serpent. La lumière astrale a été considérée trop littéralement comme signifiant une sorte de second ciel bleu.

Pourtant, cet espace imaginaire — qui porte l'empreinte des images sans nombre de tout ce qui a jamais été, qui est et qui sera — n'est qu'une trop triste réalité. Il devient dans l'homme, et pour l'homme — s'il est tant soit peu psychique (et qui ne l'est pas ?) — un démon tentateur, son « mauvais ange », et l'inspirateur de toutes nos pires actions. Il agit même sur la volonté de l'homme endormi, par des visions imprimées sur son cerveau assoupi (visions qui ne doivent pas être confondues avec les « rêves »), et ces germes portent leurs fruits quand il s'éveille.

(12) En sanskrit, littéralement : « les fils du Manas » (universel). La tradition en parle comme des ancêtres solaires de l'homme, qui sont responsables de l'éveil du Manas, pendant l'enfance de l'humanité. On les appelle aussiKumâra (adolescents non mariés) pour rappeler qu’ils n’ont eu aucune action dans l’élaboration astrale et physique de la forme humaine, au cours des longues périodes qui ont précédé la troisième Race évoquée plus haut (N.d.T.).

(13) Les « Seigneurs de lumière », la collectivité des intelligences divines les plus hautes qui, en quelque sorte, supervisent l'ordre du cosmos (cf. Theosophical Glossary) (N.d.T.).

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Q. — Mais les deux, le Manas supérieur et l'inférieur, sont un, n'est-ce pas ?

R. — Ils le sont sans l'être — et c'est là le grand mystère. Le Manas supérieur, ou EGO supérieur, est essentiellement divin et, par suite, pur ; aucune souillure ne peut le polluer, de même qu'aucune punition ne peut l'atteindre per se, d'autant plus qu'il est innocent de tout ce que peut faire délibérément son ego inférieur, et qu'il n'y prend aucune part. Cependant, bien qu'il y ait ainsi deux aspects différents et que, pendant la vie, l'Ego Supérieur soit distinct de l'inférieur, « le Père et le Fils » ne font qu'un néanmoins et, du fait qu'en se réunissant à l'Ego-parent l'âme inférieure lui attache toutes ses mauvaises (et bonnes) actions, et les imprime en lui, tous deux ont à souffrir : bien qu'innocent et sans souillure, l'Ego supérieur doit endurer la punition des mauvaises actions commises par le soi inférieur, en compagnie de ce dernier dans leur future incarnation. Toute la doctrine de la rémission des péchés est basée sur cette ancienne doctrine ésotérique ; car l'Ego supérieur est le prototype de ce qui en est sur cette terre l'image, c'est-à-dire la personnalité. Pour ceux qui la comprennent, c'est le sens de l'antique histoire védique de Vishvakarman, rendue tangible dans la pratique. Vishvakarman, le Dieu-Père qui voit tout, et transcende la compréhension des mortels, finit, en tant que fils de Bhuvana, l'Esprit saint, par se sacrifier lui-même à lui-même, pour sauver les mondes. Le nom mystique de « l'Ego supérieur » est, dans la philosophie indienne, kshetrajña, ou l'« Esprit incorporé », ce qui connaît ou anime kshetra, le « corps » (14). Cherchez la racine du nom et vous y trouverez le terme aja, « premier-né », et aussi l' « agneau ». Tout ceci est très suggestif et l'on pourrait écrire des volumes sur le développement pré- et post-génétique de l'image et du prototype — le Christ-Kshetrajña, l'« Homme-Dieu », le Premier-né, symbolisé par l' « agneau ». La Doctrine Secrète montre que les Manasâputra (les Ego qui se sont incarnés dans les formes) ont pris sur eux, volontairement et sciemment, le fardeau de tous les péchés futurs de leurs personnalités à venir. Par suite, il est aisé de voir que ce n'est ni M. A., M.B., ni aucune des personnalités dont se revêt périodiquement l'Ego qui se sacrifie lui-même, qui peut être tenu pour l'être qui souffre réellement, mais bien l'innocentChristos qui réside en nous. C'est pourquoi les hindous mystiques disent que le Soi Éternel, ou l'Ego (l'un en trois et les trois en un), est le « Conducteur du Char », ou Celui qui le dirige, les personnalités étant les voyageurs temporaires et évanescents, tandis que les chevaux sont les passions animales de l'homme. Il est donc bien vrai de dire que nous crucifions le Christos en nous lorsque nous restons sourds à la Voix de notre Conscience. Mais revenons-en aux rêves.

(14) Voir la Bhagavad-Gîtâ (chap. XIII) pour la différence entre kshetra (le « champ ») et kshetrajña (le « connaisseur du champ ») (N.d.T.).

 

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