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Le Mouvement Théosophique. La Loge Unie des Théosophes dans le monde
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LE MOUVEMENT THEOSOPHIQUE MODERNE

©  Textes Théosophiques, Paris Cahier Théosophique n°18

Partie 1                  Partie 2

Partie 1

Aperçus historiques : L'histoire du mouvement théosophique contemporain remonte à la fin du XIXe siècle ; elle est jalonnée par quelques grandes dates qui en marquent les moments cruciaux.

1873 : au terme d'une extraordinaire série de voyages à travers le monde, Madame Blavatsky vient se fixer aux Etats-Unis ; elle se fait peu à peu connaître du public par sa magistrale compétence en matière d'occultisme et par ses interventions en faveur de l'authenticité des phénomènes du spiritisme, alors très en vogue en Amérique ; en 1874, c'est la rencontre arec le Colonel H.S. Olcott, journaliste et homme de loi qualifié, dont 1e dévouement et les grandes capacités d'organisation allaient être si utiles au développement futur du mouvement. Après d'infructueuses tentatives en vue de lancer un effort public, un groupe d'étude est réuni autour d'Olcott et de H. P. Blavatsky, à laquelle s'est attaché depuis quelque temps un disciple fervent, William Q. Judge, jeune avocat de New-York. La formation de la Société Théosophique est décidée en septembre 1875 ; elle tient sa réunion inaugurale le 17 novembre, à New-York, sous la présidence du Colonel Olcott.

Composée essentiellement de spirites et de chercheurs en quête de surnaturel, la jeune société connaît rapidement des déboires et des défections ne tardent pas à éclaircir ses rangs lorsqu'en 1877 H. P.B. publie Isis Dévoilée, véritable manifeste de la philosophie théosophique, où, tout en présentant les grandes lignes de son message, elle s'applique tout à la fois à détruire le mythe des « esprits » du spiritisme, à dénoncer le matérialisme de la science mécaniste et à ruiner les prétentions exclusives et les superstitions des religions dogmatique. 

L'extension de la Société, qui, à cette époque, n'a guère atteint que l'Angleterre, va dès lors se poursuivre d'une manière vigoureuse : H. P. B. et Olcott se rendent aux Indes en 1879. Très vite, les branches locales se multiplient, un journal est lancé « The Theosophist »en octobre 79, des liens se nouent avec divers personnages éminents, comme A. P. Sinnett et A. 0. Hume parmi les Européens de l'administration britannique, ou comme T. Subba Row, parmi les Indiens. Leur contribution, sous forme de livres, d'articles de journaux ou de conférences, apporte une grande publicité à la S. T. et aux idées théosophiques. Bientôt, cependant, l'intention réformatrice et éducatrice du mouvement devenant chaque jour plus évidente, des réactions s'organisent dans le monde pour faire obstacle à l'influence grandissante de la Théosophie. En I884, après le retour des « Fondateurs » en Europe, c'est la « conspiration d'Adyar », organisée par les missionnaires chrétiens avec la complicité d'un couple — les Coulomb — qui, après avoir été recueillis par H. P. B. au siège de la Société à Adyar, cherchaient à nuire à la S. T. et à tirer vengeance des membres avec qui ils s'étaient violemment brouillés après le départ de H.P.B.. Le complot, publiquement démasqué par Judge, n'en eut pas moins de graves conséquences. Les attaques visaient directement la personnalité et le caractère moral de Madame Blavatsky. Retournant en hâte aux Indes avec Olcott, H.P.B. se prépare à une vigoureuse riposte, mais le soutien efficace du Président et des membres lui fait défaut. Contrainte d'abandonner la lutte, malade et découragée, elle quitte l'Inde pour ne plus y revenir.

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Le renom de la S. T. et de sa Fondatrice, doit encore subir un grave assaut en 1885 lorsque la Société de Recherches Psychiques de Londres publie le résultat de son enquête sur les phénomènes d'ordre magique produits aux Indes par H. P. B. Ne tenant aucun compte du témoignage indépendant de très nombreuses personnes, et se constituant juge et partie, la S. P. R. dénonce hâtivement l' « imposture » de Madame Blavatsky et des Maîtres dont elle se réclame. Le rapport de l'enquêteur Hodgson, véritable réquisitoire, fondé essentiellement sur des rumeurs et des impressions de personnes hostiles à H. P. B., et sur la parole, d'experts graphologues — dont l'un fut convaincu d'erreur quelques mois plus tard — constitue une arme de guerre que les ennemis de la Théosophie n'ont pas manqué de brandir contre elle. Sa fausseté et son injustice évidentes ont pu cependant servir la Société d'une manière indirecte : en mai 1889, Annie Besant, qui découvre la Théosophie lit ce rapport sur les conseils de H. P. B. et y trouve un encouragement à venir se ranger à ses côtés, pour mettre ses vastes capacités intellectuelles au service du mouvement.

Après ces graves remous, les attaques vont se succéder presque sans interruption. Pourtant les forces vives se regroupent ; en Amérique, 1'heure de la mission de Judge a sonné et, en 1886, avec la fondation de sa revue The Path, on assiste, sous sa ferme impulsion, à une extension considérable de l'activité théosophique ; en quelques années, la section américaine devient la partie la plus solide et la plus vivante de tout l'édifice de la S. T.. Parallèlement, l'arrivée en Angleterre de Madame Blavatsky, en mai 1887, est le point de départ d'une remarquable renaissance du mouvement en Europe. Aidée des membres les plus dévoués à la cause humanitaire de la Théosophie, réunis autour d'elle en une Section Esotérique (créée en octobre 1888, et bientôt ramifiée dans le monde entier, en particulier en Amérique) elle entre dans l'arène publique pour dénoncer l'injustice sociale, les préjugés scientifiques et les superstitions religieuses par la voix de sa revue Lucifer (fondée en septembre 87) tandis qu'elle poursuit activement sa tâche d'enseignement en publiant, en décembre 1888, la Doctrine Secrète, pièce maîtresse de toute la littérature théosophique.

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Aimée et vénérée par les uns, suspectée et jalousée par certains, trahie et avilie par les autres qui, jusqu'au dernier moment, la harcelèrent de diffamations monstrueuses (« révélations » du Prof. Coues dans le New York Sun) H. P. Blavatsky trouve enfin la délivrance de son long martyre dans la mort qui l'emporte le 8 mai 1891.

Le bel élan de fraternité et de solidarité qui fait suite au mémorable congrès de la S. T. tenu à Londres après la disparition de l'Instructeur, n'est que de peu de durée. Des rivalités, des luttes d'influence au sein de la Société apparaissent au grand jour. Soutenant d'abord Judge dans sa fidélité au message de H. P. B., A. Besant commence à s'opposer à Olcott, jaloux de ses prérogatives présidentielles; mais bientôt tous deux se retrouvent ligués contre Judge, après qu'A. Besant fut tombée sous l'influence du Prof. Chakravarti, en 1893. Des accusations calomnieuses sont officiellement portées contre Judge, en février 94, accusations assez imprécises d'ailleurs, dont l' « accusé », assigné devant un « Comité Judiciaire » de la S. T., ne reçut pas l'opportunité de se disculper publiquement. Le résultat de ces manoeuvres ne tarde pas à s'abattre sur la S. T. ; l'un des conjurés, un certain W. R. Old, non satisfait du « procès Judge », qui faute de preuves, avait tourné court à Londres, en juillet 94, confie sa rancœur à la presse qui publie une série d'articles diffamatoires, dénonçant une fois de plus la S. T. et l' « imposture » de ses Instructeurs. L'effet est désastreux. L'éclatement de la Société devient rapidement inévitable : en avril 95 c'est la déclaration d'autonomie de la section américaine qui se sépare de la S. T. pour devenir la« Société Théosophique en Amérique » (T.S.A.). L'événement est pris comme une insulte à la S. T., à Adyar — qui devient peu à peu la Rome du monde théosophique — et à la personne même du Président Olcott. La coopération fraternelle proposée par la T. S. A. est rejetée avec hauteur. Toute la faute est rejetée... sur Judge, qui restera toujours, pour les fidèles d'Adyar, un « égaré »déloyal à la Société, un personnage peu scrupuleux, un « faussaire »...

Un an plus tard, la jeune T. S. A., pourtant en pleine prospérité, traverse une épreuve qui lui sera fatale. Après la mort de son Président, W. Q. Judge, le 21 mars 1896, en l'absence de toute directive écrite de sa main, les membres les plus influents de la Section Esotérique prennent la responsabilité d'un pieux mensonge : « Judge a désigné un successeur « occulte » pour prendre la tête du mouvement exotérique et ésotérique ». Ce mystérieux personnage se fait bientôt connaître : il s'agit de Mme K. Tingley qui ne tarde pas à éveiller l'enthousiasme par la promesse de révélations occultes surprenantes. Les agissements de ce « Chef » providentiel ne répondent pourtant pas aux espérances : Mme Tingley est vite dénoncée par le principal responsable de l'aventure, E. T. Hargrove. Le mouvement connaît un nouveau schisme.

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Dès lors la barque de la Théosophie va être confiée à une lignée apostolique de « successeurs » de H.P.B. et de Judge qui se sentiront contraints de rivaliser avec eux de connaissances et de pouvoirs « occultes ». La même fièvre s'empare petit à petit de la Société d'Adyar : les enseignements ésotériques réservés par H. P. B. aux seuls membres assermentés de sa Section Intérieure, ou Esotérique, sont jugés « dépassés », livrés au public (aussi bien par la S. T. d'Adyar que par celle de K. Tingley, établie à Point Loma, en Californie, et ils sont remplacés par d'autres, plus « occultes », transmis par des « Adeptes » du plus haut rang, par l'intermédiaire d'une cohorte de mages et d'augures, dont C. W. Leadbeater, l'éminence grise d'Annie Besant, est la figure la plus connue.

Au début du XXe siècle, sous le règne d'Annie Besant, providentiellement « désignée » comme successeur d'Olcott en 1907, la S. T. d'Adyar s'attire le ridicule en annonçant à grand fracas la venue du nouveau Messie, en la personne de Mr Krishnamurti, lequel ne tarde pas à décliner l'honneur de cette mission. Petit a petit, les dogmes s'élaborent, dissimulant sous leur fiction grotesque le véritable message de la Théosophie de H. P.B. ; une Eglise Catholique Libérale se constitue avec ses évêques chamarrés : le glas de Ia Théosophie est sonné par les théosophes eux-mêmes qui ont ainsi reconstruit, en quelques décades, ce que Madame Blavatsky avait eu tant de mal à détruire.

En 1921, contemplant l'édifice théosophique lézardé tel qu'il se présente alors, le philosophe René Guénon, manquant de certains éléments indispensables à un jugement impartial, conclut sans distinction à l'imposture complète, et même au caractère maléfique de ce qu'il appelle avec mépris le « Théosophisme » dans un ouvrage qui malheureusement fait souvent autorité de nos jours.

La différence entre la véritable Théosophie et le Théosophisme apparaît cependant, sans erreur possible, à l'investigateur sincère qui se penche sans préjugés sur tous les documents et 1'histoire du Mouvement théosophique contemporain. Et c'est l'objet de ce cahier d'aider à une compréhension plus profonde du drame qui se joue sous les yeux du public depuis 1875, mais qui n'est qu'un bref épisode de la grande lutte du Mouvement théosophique pour l'Emancipation finale de l'Homme.

« J'apparais parmi les créatures, 0 Fils de Bharata, chaque fois que la vertu décline et qu'il y a une nouvelle éruption de vice et d'injustice dans le monde, et ainsije m'incarne d'âge en âge, pour la sauvegarde du juste, la destruction  du méchant et le rétablissement de la justice ». Bhagavad Gîtâ, IV, 7, 8.

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L'histoire tout entière de l'humanité se résume en une longue guerre impitoyable entre l'animal el le divin, le barbare et l'humain, les forces de haine et d'obscurité el les pouvoirs d'amour et de lumière. Dans cette perspective, les faits de nos récits historiques ne sont au fond que des signes, des indices extérieurs, chargés d'une signification dont l'interprétation en termes de valeur humaine doit se chercher dans les coulisses de l'histoire où se déroulent les véritables conflits.

A ce côté occulte du drame humain est étroitement liée la notion de l'existence d'Hommes Supérieurs, investis des plus grands Pouvoirs et de la plus grande Connaissance que les êtres terrestres puissent jamais atteindre dans l'avenir de leur évolution sur ce globe. Cette notion vieille comme le monde, et vivante dans toutes les civilisations passées, n'est pas tout à fait étrangère à notre pensée moderne et même certains esprits scientifiques l'accueillent sans la trouver choquante (par exemple l'ouvrage de L. PAUWELS et J. BERGIER :Le Matin des Magiciens ).

La tradition parle de ces Aînés comme des Héros de l'Humanité, qui constamment veillent sur elle et lui montrent la voie qu'ils ont eux-mêmes suivie. Et c'est de tels Maîtres de Sagesse que Madame Blavatsky se réclame dès le début et prétend tenir sa mission. Mais les perspectives qu'elle laisse entrevoir ne sont pas celles d'un palais des Mille et Une Nuits, peuplé de magiciens qui de loin tirent les ficelles de l'histoire. C'est une lutte de Titans qui se livre dans l'ombre, et parfois en plein jour, car partout où il y a des Bouddha et des Jésus, des Platon et des Pythagore, des Giordano Bruno et des Thomas Paine pour rappeler aux hommes la grandeur de leur destinée et les engager sur le chemin de leur salut collectif, partout aussi se dressent les Scribes et les Pharisiens, éternels serviteurs des fanatiques el des tyrans qui écrasent les peuples sous leur joug :

« Partout où la PENSÉE a lutté pour se libérer, partout où, face à la lettre morte et au dogmatisme, des idées spirituelles ont été apportées, se trouve la trace de cette grande poussée d'évolution morale que H.P. Blavatsky a décrite et appelée le Mouvement Théosophique ».

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L'entreprise de Madame Blavalsky s'inscrit intégralement dans le cadre de cet effort universel d'émancipation de l'humanité, inlassablement soutenu par les maîtres de la véritable Sagesse, fraternellement unis en une Confrérie dont l'influence s'étend à la terre entière.

La réalité de cette influence est le postulat fondamental sur lequel repose toute notre élude. Il importait de le souligner, car faute de pénétrer le sens caché et l'intention du mouvement de la Théosophie moderne, les plus habiles observateurs n'ont porté sur son histoire que des jugements complètement erronés.

*

L'évolution produit toutes les formes de la vie par un épanouissement de l'intérieur vers l'extérieur. Le noyau est l'âme de la cellule et préside à sa destinée ; mais derrière le noyau, invisible, se trouve le pouvoir de la Vie, avec l'intention, la volonté d'expression qu'elle entretient dans ses myriades de créatures.

Celle que ses disciples appelèrent H. P. B. est l'âme du mouvement théosophique contemporain, mais, en réalité, elle ne fait qu'exprimer la volonté et la direction bénéfique de la vague puissante de l'action des Maîtres. Elle-même ne revendique pas d'autre titre que celui d'intermédiaire, d'interprète de la pensée et de l'intention de ses Supérieurs. Elle en est l'Agent, conscient et responsable.

Sans doute une telle fonction, unique mais combien redoutable, ne peut-elle être remplie par le premier venu. Des années de préparation, de « probation », furent nécessaires à H. P. B. avant de mériter d'être acceptée pour une tâche que seuls un courage indomptable, une force morale à toute épreuve et une dévotion inébranlable à la Cause de ses Maîtres permettraient de mener à bonne fin sans défaillance. La vie de Madame Blavatsky, avant 1873, contient des indications indiscutables de son contact avec la Loge Blanche, de son instruction et de son entraînement occulte très poussé dans les divers pays qu'elle a visités.

Haut Disciple des Maîtres de l'Ecole Transhimalayenne, porteuse des meilleurs espoirs de la Loge à ce point cyclique de l'histoire humaine, il lui restait à faire l'apprentissage de son dur métier au rude contact du monde « civilisé » où elle allait entrer en lice.

Ce monde avait ses exigences ; les circonstances réclamaient d'urgence une intervention publique, mais la lutte serait farouche ; en pleine période de révolution intellectuelle, les vieilles superstitions bibliques s'effondraient sous les coups du darwinisme et de la science, alors en plein essor, menaçant d'ébranler les plus nobles idéaux religieux et de tarir toute aspiration spirituelle dans l'humanité, tandis qu'une foule de curieux ou d'insatisfaits cherchaient dans le spiritisme le contact direct avec le fantastique ou la confirmation de leurs espérances.

Le plan d'action de la Loge fut arrêté suivant deux grandes lignes bien définies.

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En premier lieu, sur le plan collectif, il fallait montrer sans retard les graves écueils cachés derrière cette révolution du XIXe siècle en ouvrant la voie pour un développement harmonieux de tous les aspects de la nature humaine ; d'une façon plus spécifique, décourager formellement les pratiques de nécromancie des spirites, tout en profitant de leurs expériences afin de prouver l'existence d'un Univers invisible, avec ses lois et ses forces cachées, et battre ainsi en brèche la tendance irrésistible au matérialisme de la science naissante ; déraciner les superstitions religieuses et abattre les barrières sectaires entre les hommes et les races, en répandant un enseignement vivant dont on pourrait trouver la trace dans toutes les religions ; enfin, et surtout, encourager la pensée indépendante, libre de préjugés mais éclairée par une philosophie universelle, seule capable d'engendrer des actions constructrices et d'assurer le salut collectif par des efforts individuels librement déterminés et consentis. En second lieu, dans un domaine limité à l'élite la plus clairvoyante, il s'agissait de développer la possibilité de communication avec la Loge des Maîtres, en implantant à nouveau une école de philosophie occulte, héritière du plus lointain passé, dans laquelle les aspirants pourraient se soumettre à la rude discipline probatoire préalable à une véritable admission dans la chaîne des Maîtres et des Disciples.

Faisant écho à l'œuvre de l'antique Théosophe, Ammonius Saccas, et de son Ecole Néo-platonicienme, le mouvement du XIXe siècle qui s'inscrit dans le programme de réforme et d'enseignement de l'humanité institué par Tsong-Ka-Pa, au XIVe siècle, allait être le premier grand effort public de la Loge Blanche depuis de nombreux siècles. Le temps n'était plus cependant où les Initiés pourraient intervenir en personne, comme dans un âge d'or déjà lointain. Leur Agent, volontaire d'une tentative quasi désespérée, serait leur seul représentant visible, sans qu'ils puissent faire plus que soutenir et aider ceux qui voudraient collaborer réellement à l'œuvre entreprise.

Toutes ces indications apparaissent très clairement dans l'ensemble des écrits de H. P. B. ainsi que dans les lettres adressées par les Maîtres à certains des principaux théosophes.

Le plan et les lignes du travail étant ainsi esquissés, il restait à les appliquer : c'est le moment où le rideau se lève, vers 1875. Un acteur inconnu entre en scène pour incarner un rôle dans un drame dont il connaît parfaitement le sens et l'esprit mais dont il ignore encore les péripéties exactes : en 1873, H. P. B. reçoit l'ordre de quitter Paris pour l'Amérique et de se tenir prête à l'action.

Tout le début du mouvement semble révéler la recherche d'une politique ou d'une méthode d'action. Il s'agira tout d'abord de créer un noyau de travail ; puis, autour de ce noyau, une cellule, c'est-à-dire une plateforme publique, aussi large que possible, que l'on entourera d'une grande publicité et qui servira d'organe de contact avec le monde extérieur sur lequel il faut agir. Tandis que la cellule remplira le premier but que s'est proposé la Loge, le noyau sera le germe du canal de communication avec les Maîtres. Il sera l'âme de la cellule, la partie vraiment consciente de l'intention du Messager.

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En 1871, un essai d'action publique avait été tenté au Caire. Mais la « Société Spirite » fondée par H. P. B. pour l'étude des phénomènes psychiques était une cellule sans noyau : ce fut l'échec en 15 jours. Etait-il trop tôt ? Sans doute le terrain serait-il beaucoup plus favorable en Amérique. H. P. B. y reçoit l'instruction de rencontrer le Colonel Olcott : dès lors, un vrai noyau se forme, ouvert aux influences de la Loge. Le manifeste d'Olcott publié en avril 75 dans le Spiritual Scientist au nom de la « Confrérie de Luxor » en est la preuve formelle.

Il reste maintenant a constituer une cellule et trouver un organe de diffusion et de publicité : se conformant à des directives reçues, H.P.B. et Olcott entrent en contact avec le directeur du journal cité ci-dessus et s'efforcent d'établir une étroite collaboration avec lui. Ils soutiennent pécuniairement le journal, mais l'éditeur-spirite ne s'accommode pas de la philosophie de H. P. B. et c'est la brouille. En mai 75, nouvel essai de formation d'un centre d'études psychiques : le « Miracle Club » d'Olcolt ne réussit pas mieux que la tentative du Caire. Dès lors, en juillet, l'ordre arrive de fonder une société « philosophico-religieuse ». L'occasion en est fournie en septembre par une conférence d'un égyptologue devant un cercle de personnalités réunies chez H. P. B. La cellule prend forme : la S. T. est née. Entre-temps, le noyau s'est enrichi par la venue de W. Q. Judge, introduit par Olcott à la demande de Mme Blavalsky. Deux Compagnons inséparables se retrouvent pour un nouvel effort an service d'une même cause. Dès 1875, Judge entre en probation dans l'école occulte des Maîtres. Il passera le plus clair des 7 années de cette période obligatoire, jusqu'en 1882, à apprendre et à travailler comme disciple de son Guru H. P. B. et à se préparer à la mission qui l'attend au bout de ce terme. Surmontant toutes les épreuves à travers les plus graves crises de la S. T., il restera l'allié fidèle et le serviteur de son Aînée jusqu'à sa mort.

A peine le groupe de travail est-il fondé qu'il est confié aux soins du Colonel Olcott dont les capacités le désignent naturellement pour cette fonction, tandis que le Messager se consacre à la tâche éducatrice qui lui incombe en propre. Son premier souci est de forger un instrument d'étude en même temps qu'un organe de propagande : la parution d'Isis Dévoilée a l'effet d'une bombe et fait retentir le nom de la Théosophie dans le monde entier.

Désormais le terrain est mieux préparé, il faut l'ensemencer. C'est le voyage aux Indes. Là encore — comme toujours dans la suite — trois grandes préoccupations conditionnent l'activité des Fondateurs : faire connaître l'existence du mouvement et diffuser le plus largement possible les idées de la Théosophie par des revues, des articles de presse, des livres, des conférences, etc... ; ouvrir des centres de travail, en particulier dans les points géographiques « stratégiques » susceptibles de mieux rayonner l'influence de la S.T. ; et enfin, veiller à l'élaboration du noyau.

L'importance du premier point est soulignée par le fait que 8 mois à peine s'écoulent entre l'arrivée de H. P. B. à Bombay et le lancement du journalThe Theosophist ; en 87, Lucifer paraît alors que H. P. B. n'est en Angleterre que depuis 4 mois. Pareillement c'est la parution de la revue de Judge, The Path, qui, en 80, marque le véritable réveil du mouvement en Amérique. Partout où un centre vivant prospère, il doit disposer d'une publication largement diffusée, dans laquelle les principes fondamentaux du message théosophique sont proposés au public, venant ainsi combler peu à peu le manque complet d'enseignement qui caractérise la S. T. de la première époque.

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La seconde préoccupation exige des Fondateurs des déplacements incessants : partout où ils se rendent, des cellules se forment, des centres actifs se développent, et le volume de la correspondance qu'il faut entretenir avec ceux-ci s'accroît de jour en jour. L'extension de la Société exige bientôt une modification de ses statuts ; les Branches placées à l'origine sous la férule de la Société mère et de son Président, se groupent progressivement en Sections plus autonomes, dont la liaison avec le Quartier Général de la S. T., installé à Adyar après 1882, est assurée par des Secrétaires Généraux.

A cette organisation, le Colonel Olcott consacre ses efforts et sa compétence pour discipliner de son mieux la croissance de cet organisme plein de vitalité qu'est la S. T. Pourvue d'un système de gouvernement entièrement démocratique, elle est en fait ouverte à toutes les luttes d'influence et à de véritables conflits où s'opposent de très fortes personnalités ; et le Président a fort à faire pour maintenir l'ordre qu'il entend par dessus tout faire régner.

C'est surtout à H. P. B. qu'il appartient de veiller à l'âme du mouvement. Les disputes autour de la politique et des statuts de la S. T. ne sont guère son fait. Il faut au mouvement des bases plus profondes. La formation du noyau est le souci confiant de l'Instructeur qui mise plus sur la dévotion d'un petit nombre d'êtres unis dans le travail que sur les articles de la Constitution. Bientôt des collaborateurs de premier plan se présentent : Sinnett, Hume, et plus tard A. Besant. Seront-ils de simples porte-paroles ou des éléments vivants du noyau ? Comprendront-ils comme Judge le plan des Maîtres et accepteront-ils d'y apporter leur contribution ? Saisiront-ils aussi l'occasion d'entrer comme disciples à l'école des Maîtres en méritant ce privilège par des efforts généreux et désintéressés ?

H. P. B. allait ici se heurter à de formidables obstacles, nés de la personnalité même des individus et aussi de la quasi impossibilité de faire saisir le sens réel de la bataille qui se livrait.

En passant en revue les évènements historiques de cette époque avec le recul du temps, on peut être frappé que tant d'aspects si évidents pour nous aient pu sembler si obscurs au temps de H. P. B. Il faut pourtant se souvenir que la Théosophie n'a été connue dans sa synthèse complète qu'en 1888, c'est-à-dire vers la fin du deuxième cycle de 7 ans de la vie de la S. T., et qu'un facteur essentiel nous échappe : toute l'histoire de la Société baigne dans une atmosphère de merveilleux, de fantastique, qui a plongé le monde théosophique dans une espèce de fièvre à laquelle il était bien difficile d'échapper.

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A notre époque, l' « occulte » a beaucoup perdu de son pouvoir de fascination, mais, au XIXe siècle, il venait de refaire son apparition au grand jour et les « pouvoirs » spectaculaires d'H.P.B. — auxquels Olcott et Sinnett ne ménageaient pas la publicité — ainsi que les « Mahâtmas » si mystérieux, dont on fit si grande presse, excitaient jusqu'au délire la curiosité d'une foule de personnes. Olcott le premier vivait sous le charme de l' « occulte », dont il avait eu le rare privilège d'être l'un des premiers témoins.

Entre l'Instructeur et la Société un malentendu semble donc s'être installé dès le début, et tous les efforts de H. P. B. et de Judge ne parvinrent pas à l'effacer. La S. T. n'était pas un club de miracles : si on avait fait grand cas des pouvoirs psychiques et des Adeptes qui savent les contrôler c'est qu'il fallait démontrer que l'homme est beaucoup plus que son corps matériel et que l'âme est une réalité dynamique, aux possibilités presque infinies. Si l' « Invisible » a été prouvé, expliqué philosophiquement, c'est la conclusion pratique pour la vie quotidienne qu'il importait de retenir et non les expériences servant à l'étayer. L'édifice une fois construit, il importait de ne pas accorder à l'échafaudage plus d'importance qu'il n'en méritait.

Dans un monde fou de « phénomènes », les nobles idées éthiques de la Religion-Sagesse ou Théo-sophie n'avaient guère de chances de trouver un écho. Bien qu'Olcott ait reçu des Maîtres les directives pour la future société avant la première réunion du 7 septembre 1875, ces directives, en particulier les trois buts ou « Objets » de la S. T., ne furent primitivement révélées qu'à un petit nombre. En 1875, l'activité de la Société a pour objet de découvrir par une étude approfondie des philosophies ésotériques des temps anciens « la preuve de l'existence d'un Univers Invisible, la nature de ses habitants éventuels et les lois qui les gouvernent ainsi que leur relation avec l'humanité ». On se propose de « rassembler et de diffuser une connaissance des lois qui gouvernent l'Univers ».

Plus tard, en 1879, les idées théosophiques devenant plus familières au sein de la S. T., les « plans généraux de la Société » sont mentionnés publiquement : outre les buts indiqués, la S. T. apparaît tout entière tournée vers une action internationale visant à établir des échanges fraternels et une plus grande compréhension mutuelle entre les individus, à déraciner le sectarisme et la bigoterie sous toutes les formes, et à encourager et aider les efforts des individus en vue d'une amélioration intellectuelle, morale et spirituelle.

 

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Partie 2

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